Dermatite du mamelon en période d'allaitement
- 14 mai
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La douleur au mamelon est l'une des premières causes d'arrêt prématuré de l'allaitement. Parmi les diagnostics qui lui sont attribués, la candidose mammaire, communément appelée "mycose", est en première place. Or la dermatite de contact ou atopique du mamelon et de l'aréole est en pratique bien plus fréquente, et répond à une prise en charge différente. Confondre les deux est problématique : un traitement antifongique appliqué sur une dermatite aggrave la situation.
La dermatite du mamelon
La dermatite ,ou eczéma, touche extrêmement fréquemment les seins, et en particulier l'aréole, y compris chez les femmes qui n'allaitent pas. Elle est encore plus fréquente en période d'allaitement, pour de multiples raisons. Elle est souvent diagnostiquée comme "mycose" chez les mères allaitantes.
Cliniquement, elle se présente sous la forme d'une éruption rouge, douloureuse, brûlante, avec desquamation. Un sein peut être touché sans que l'autre le soit, sans explication évidente.
On distingue trois sous-types :
Dermatite de contact irritative (DCI) : causée par un traumatisme physique ou chimique direct sur la peau. En lien avec l'allaitement, c'est l'aréole qui est le plus souvent atteinte. Le traumatisme mécanique lors des tétées est le déclencheur le plus fréquent. Elle est à distinguer de la dermatite de contact allergique en ce qu'elle épargne souvent le mamelon lui-même.
Dermatite de contact allergique (DCA) : réaction d'hypersensibilité survenant après exposition répétée à un allergène. Le risque de DCA du mamelon ou du sein est à son maximum en période postnatale. Contrairement à la DCI, la DCA touche plus volontiers le mamelon lui-même. Les savons, détergents, shampoings, adoucissants et textiles sont des sources courantes d'allergènes.
Dermatite atopique : exacerbation ou première manifestation chez des femmes ayant un terrain atopique préexistant, souvent déclenchée par un produit topique appliqué sur la peau déjà fragilisée.
Les agents déclenchants : souvent iatrogènes
C'est ici que réside un paradoxe important.
Les agents topiques les plus fréquemment en cause sont les antifongiques et antibactériens tels que ceux contenus dans la pommade de Newman (APNO All Purpose Nipple Ointment), la vaseline, la lanoline, la noix de coco, ainsi que les émollients contenus dans les crèmes, lotions ou pommades.
Les accessoires d'allaitement sont également impliqués : pièces de tire-lait, soutiens-gorge d'allaitement, coussinets, nouveaux détergents ou savons, et bouts de sein.
Les substances ingérées ou touchées par l'enfant, notamment les antibiotiques et les aliments de diversification, peuvent aussi être en cause.
Les crèmes antifongiques aggravent la douleur et le vasospasme, et peuvent provoquer une dermatite.
Le cas particulier de la lanoline
La lanoline est l'ingrédient star des crèmes pour mamelons commercialisées comme "spéciales allaitement". Elle est pourtant un allergène de contact bien documenté. J'en parle dans cet article
Le cas de la pommade de Newman (APNO)
L'APNO est contient un antifongique, un antibactérien (également délétère sur le mamelon, pouvant provoquer une dermatite), et un corticoïde. C'est le corticoïde seul qui procure le soulagement. Si un corticoïde est indiqué, il doit être prescrit séparément (ex. triamcinolone 0,1 %).
Pourquoi le diagnostic de "mycose" persiste-t-il malgré tout ?
Les recommandations actuelles de certains protocoles diagnostiquent comme symptômes de candidose mammaire une douleur au mamelon accompagnée d'irradiations en "coup de poignard" entre les tétées, associée à des mamelons roses et brillants avec de fines squames blanches . Les prescriptions dans ce cadre comprennent antifongiques sur le mamelon et dans la bouche de l'enfant, applications de bibarbonate de soidum pour faire le diagnostic, ou encore fluconazole par voie orale.
La candidose du mamelon est remise en cause par plusieurs publications, comme je le mentionne dans cet article.
Une douleur persistante au mamelon, surtout avec des changements de couleur et des irradiations entre les tétées, est fréquemment diagnostiquée à tort comme une mycose. Les antifongiques peuvent apporter un soulagement temporaire sans traiter la cause réelle. Un interrogatoire et un examen clinique minutieux sont indispensables pour différencier les diagnostics.
Prise en charge
Identifier et supprimer l'agent causal
C'est la première étape: Interrogatoire systématique sur tous les produits topiques (crèmes mamelons, baumes, sprays), les accessoires utilisés (coussinets, bouts de sein, pièces de tire-lait), les détergents et la diversification alimentaire si l'enfant est grand. Un seul sein atteint oriente vers un contact localisé : il faut chercher ce que la mère ou l'enfant touche ou applique d'un seul côté.
Traitement anti-inflammatoire ciblé
Un corticoïde de prescription en courte cure permet de résoudre un cas persistant en quelques jours, associé à un effet barrière via un baume non allergénique (ex. beurre de karité pur).
Sur l'utilisation au niveau du mamelon, les auteurs P Douglas et K Mitchell proposent l'application de corticoïdes topiques sur les mamelons immédiatement après la tétée pour l'eczéma, avec nettoyage doux du mamelon avant la tétée suivante.
A éviter
L'application d'un antifongique (ex. nystatine) ou d'un agent desséchant (vinaigre, bicarbonate de sodium, violet de gentiane) peut aggraver/rompre la couche protectrice de la peau et déclencher une aggravation de l'inflammation, de la douleur et de l'éruption.
Conclusion
La dermatite du mamelon est le premier diagnostic différentiel de la mycose. Elle est fréquemment induite ou aggravée par les produits appliqués en "soin" du mamelon : lanoline, APNO, antifongiques, baumes multi-ingrédients. Le traitement repose sur la suppression du facteur déclenchant et un corticoïde topique de prescription en cure courte, pas sur un antifongique. L'APNO doit être évitée : son composant actif utile est le corticoïde qu'elle contient, prescriptible seul et sans les autres agents délétères. Un interrogatoire clinique rigoureux sur les produits utilisés, les accessoires et les contacts unilatéraux permet le plus souvent d'orienter le diagnostic sans examens complémentaires.
Bibliographie
Physician Guide to Breastfeeding (physicianguidetobreastfeeding.org) ;
Moore H, Stevenson A. Breast and Nipple Dermatoses During Lactation. Australas J Dermatol. 2025 Nov;66(7):e386-e407. doi: 10.1111/ajd.14586. Epub 2025 Aug 15. PMID: 40817612; PMCID: PMC12633704
Douglas P. Re-thinking lactation-related nipple pain and damage. Womens Health (Lond). 2022 Jan-Dec;18:17455057221087865. doi: 10.1177/17455057221087865. PMID: 35343816; PMCID: PMC8966064.
N'hesitez pas à me contacter pour des conseils ou questions: "My Baby Moon" de Elise Armoiry, consultante en lactation IBCLC & fondatrice de My Baby Moon.
Plus de 2000 familles accompagnées depuis 2014
Docteur en Pharmacie de formation, spécialisée en allaitement et sommeil.
Email: info@mybabymoonibclc.com
Tel: 07.49.50.67.82
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Ayant de l’eczéma depuis la naissance, j’ai également de l’eczéma sur le mamelon, aggravé actuellement par l’allaitement.
J’utilise la pommade Tacrozem (ou Protopic), très efficace rapidement et bien moins néfaste que les corticoïdes. Seul inconvénient, il ne peut être prescrit que par un dermatologue ou un pédiatre.